Septembre aux cols : préparer une journée de suivi migratoire

La saison s’ouvre à peine. Pour qui souhaite participer au suivi de la migration postnuptiale sur les cols pyrénéens, la préparation mérite autant de soin que l’observation elle-même.
Le choix du site
Plusieurs cols pyrénéens accueillent des stations de suivi migratoire postnuptial, et chacun offre une expérience sensiblement différente.
Organbidexka, à un peu plus de 1 280 mètres d’altitude dans les Pyrénées-Atlantiques, reste le site historique. La station de comptage, gérée par la LPO depuis 1979, y fonctionne du 15 juillet au 15 novembre environ. Le col canalise un flux considérable de rapaces (bondrées apivores en septembre, milans royaux en octobre) et de pigeons ramiers à partir de la mi-octobre.
Lizarrieta, situé à la frontière espagnole au-dessus de Sare, constitue un autre poste de référence.
D’autres sites méritent l’attention si vous résidez loin des Pyrénées. La pointe de Grave, à l’extrémité du Médoc, permet de suivre la migration des rapaces et des passereaux dans un contexte très différent : le flux y longe la côte atlantique avant la traversée de l’estuaire de la Gironde. Avant de se déplacer, il est utile de consulter les bulletins de suivi publiés par les associations locales, sur Trektellen ou sur les pages des stations elles-mêmes, afin de vérifier que le comptage est actif et que les conditions s’annoncent favorables.
Lire la météo migratoire
Le passage ne se déclenche pas au hasard. Les oiseaux répondent à un ensemble de signaux, et la météorologie figure parmi les paramètres que l’observateur au sol peut le plus aisément interpréter.
Un plafond bas oblige les migrateurs à voler plus près des crêtes, ce qui facilite l’identification.
Sur Organbidexka, certaines matinées de reprise après une dégradation peuvent livrer plusieurs milliers de bondrées en quelques heures.
Consulter Météo-France la veille au soir, en complétant par les modèles à maille fine accessibles en ligne, permet de juger si le déplacement vaut la peine. Un ciel dégagé avec vent faible de secteur sud, au lendemain d’un épisode pluvieux, constitue le scénario le plus prometteur pour les rapaces en début d’automne.
Reconnaître les flux en vol
L’identification d’oiseaux en migration active repose moins sur le détail du plumage que sur la silhouette, le mode de vol et le rythme du passage.
Les rapaces se repèrent d’abord par leur vol plané-glissé. Les bondrées apivores progressent en groupes lâches, parfois plusieurs dizaines d’individus tournoyant dans une même ascendance thermique avant de glisser vers le col suivant. Leur silhouette, avec une tête saillante et une queue relativement longue, se distingue aisément en vol. Le comptage s’effectue par « paquets » successifs, en notant l’heure de chaque groupe et la direction de passage.
Les pigeons ramiers passent souvent à basse altitude par vent de face. Le dénombrement de groupes de plusieurs centaines d’individus exige de l’entraînement : les ornithologues expérimentés estiment par tranches de dix ou de cinquante, selon la densité du vol.
Les passereaux migrent de façon plus diffuse. Pinsons des arbres, pipits farlouses et bergeronnettes grises s’identifient avant tout par leurs cris de vol, un critère auditif qui prend toute son importance quand la lumière est encore rasante. À Lizarrieta, où le passage de passereaux est particulièrement étoffé, cette dimension sonore du comptage est centrale.
Le matériel de la journée
Pour les rapaces, une longue-vue sur trépied s’impose. Un grossissement de 20× à 30× suffit dans la plupart des cas. Un trépied stable, lesté si le vent forcit, évite la fatigue d’une observation prolongée. Le réflexe habituel est de balayer le ciel aux jumelles (un 8×42 ou un 10×42 selon la préférence) pour repérer les points mobiles, avant de basculer sur la longue-vue pour confirmer l’espèce.
Le carnet de terrain demeure l’outil de saisie le plus fiable sur un col venteux. Un crayon à papier résiste mieux à l’humidité qu’un stylo, et une feuille de comptage préformatée, avec colonnes pour l’heure, l’espèce, le nombre et la direction, accélère la notation. L’application NaturaList, développée dans le cadre du réseau VisioNature et utilisée par la LPO, permet ensuite de saisir les données au format numérique, soit sur place si la couverture réseau le permet. La saisie dans NaturaList alimente directement les bases de données régionales et nationales, ce qui donne au comptage bénévole une valeur scientifique durable.
Il convient de prévoir des couches superposées, le vent accentuant la sensation de froid en altitude. Un siège pliant et une thermos complètent l’équipement sans encombrer.
S’intégrer au comptage
Les stations de suivi migratoire fonctionnent selon des protocoles précis, et le bénévole qui s’y joint gagne à comprendre leur logique avant d’arriver sur le poste.
Sur Organbidexka, le comptage est assuré quotidiennement par des permanents (souvent des salariés ou des stagiaires de la LPO) assistés de bénévoles. Le rôle du bénévole consiste d’abord à repérer et signaler les oiseaux. Cette répartition garantit l’homogénéité des données d’une journée et d’une saison à l’autre. Prendre contact avec l’équipe en amont, par courriel ou via les réseaux de la LPO Aquitaine, permet de connaître les jours où un renfort est bienvenu et d’éviter une affluence qui gênerait le travail.
À Lizarrieta, chaque station adapte ses modalités au type de flux observé.
Dans tous les cas, la discrétion est une forme de courtoisie autant qu’une nécessité pratique. Observer, signaler à mi-voix, noter ce que l’on voit : le rythme du poste s’apprend en une matinée, et la satisfaction de contribuer à une série de données qui s’étend sur plusieurs décennies vaut largement l’effort de préparation.

Sources
Spécifications et références utilisées pour cet article.
- Col d'Organbidexkafr.wikipedia.org
- Médocfr.wikipedia.org
- Le Marksteinfr.wikipedia.org